Prince Eric (Le), Edition de 1969

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Prince Eric (Le), Edition de 1969

 

Illustrations de Pierre Joubert

Sans couverture

Note préliminaire
Achevé fin février, Le Prince Eric devait sortir au début de juillet. Les illustrations n'étaient pas terminées, la parution fut reportée aux premiers jours de septembre. La guerre se chargea de modifier ces plans, et Pierre Joubert, la veille de son départ pour le front, maniait encore ses crayons.
La suite du Bracelet de Vermeil n'aurait eu besoin d'aucune Préface si l'un des Chapitres ne se passait en Allemagne. Ces pages, ni Joubert, ni moi n'entendons les modifier. Aucune force au monde ne peut supprimer le passé, aucun bouleversement ne peut changer ce qui a été. De jeunes Français voyageant sur les routes d'Allemagne, furent réellement reçis comme je le décris, des conversations semblables à celles rapportées, y furent réellement tenues. 
Si nous avons décidé, Pierre et moi, de conserver à ceux qui sont désormais les fils de l'ennemi, l'allure fraternelle qu'ils avaient alors, c'est pour que ne confondiez pas les enfants avec leurs pères. Pas plus que vous n'êtes responsables de cette seconde guerre, ils ne le sont eux-mêmes. Et vous, dont la mission sera de créer un monde moins faible, apprenez dès maintenant à vous défier des condamnations sans appel, englobant dans la même colère ceux qui ordonnent et ceux qui obéissent. S'il vous faut aider, panser, secourir, ne haïssez pas ces garçons au devoir aujourd'hui si pareil au vôtre. Ne tournez pas en dérision un peuple qui a perdu son âme. Il n'y a pas de races élues - pas de races marquées pour le mal ou le bien. Il y a des hommes qui possèdent Dieu, et d'autres qui ont le malheur de l'avoir perdu. Si nous avons remis notre vie entre les mains du "Père des Lumières", si nous sommes prêts à revenir aveugles, mutilés, infirmes, c'est pour vous permettre de maintenir la Paix que nous établirons, pour vous permettre d'agir mieux que nos pères et nous-mêmes le firent. 
Nous relèverons les ruines de Varsovie. La Pologne crucifiée renaîtra de ses cendres. L'Allemand rendra champ pour champ, mur pour mur. Mais il ne rendra points les morts. A l'instar de Rachel "pleurant ses enfants et ne voulant pas être consolée parce qu'ils ne sont plus", les bords de la Vistule célèbreront chaque soir le nouvel Office des Saints Innocents. Une nuit, le pardon glissera sur le fleuve. Le pardon, non l'oubli. Les enfants de nos enfants se réjouront. Nous ne vivrons sans doute pas ce temps-là. Mais nous aurons préparé les voies du Seigneur.
De l'autre côté du Rhin, "ce ne sera pas l'oeuvre d'une seule génération, mais de plusieurs, de remonter le cours et les leçons de ce passé déjà long, de renoncer dans le règlement des différends publics, à l'exploitation scientifique et méthodique des aptitudes d'une race de proie, à l'emploi de la force..." (Foch, pages inédites, 1927).
Ce ne sera pas l'oeuvre d'une génération, mais de plusieurs... Ne désespérons pas. Ne désespérons jamais. Nous étions le sel de la terre. Et le sel s'affadit. Quand il retrouvera sa saveur, Dieu ne refusera plus la Paix promise aux hommes de bonne volonté. Il faut travailler, lutter, prier, souffrir. Croire à l'honneur, fuir le mensonge et les lâchetés. Rendre coup pour coup, abattre et désarmer l'ennemi. Après, reconstruire. Sous les balances rénovées, de l'équité, sous le signe rédempteur de la charité. 
Des maître sans grandeur - ceux-là mêmes qui nous menèrent où nous sommes - vous diront peut-être que nous ne comprenons rien à rien, que la sagesse des nations est inaccessibles aux enfants. Répondez-leur que nous avons bien le droit de dire ce que nous avons sur le coeur, bien le droit surtout de ne pas haïr des garçons de quinze ans, nous qui avons tout sacrifié à la vérité, qui craignons chaque jour pour les plus chers de nos frères, et dormirons s'il le faut, du sommeil de nos aînés. 
En Lorraine,
dans l'attente de Noël,
le deuxième dimanche de l'Avent.
S. D. 

 



 

Seconde note du livre écrite en 1941 par Serge Dalens
Je ne renierai pas ce que j'ai écrit durant la guerre. Je n'y apporterai ni modification ni retouche. Encore une fois, aucune force au monde ne peut supprimer le passé, aucun bouleversement ne peut changer ce qui a été. Ce qui est dit est dit, ce qui est écrit est écrit.
Nous sommes vaincus. Larigaudie tué, Foncine et Roland-Denis prisonniers, Joubert loin d'ici.
Nous sommes vaincus. Mais le Seigneur nous a donné un chef.

Un grand chef.
Le seul chef.
Je voulais vous raconter comment Eric mourut un soir de juin, entre Vittel et Nancy. Un soir de juin 40, baigné de soleil et de sang. 
Ce sera pour plus tard. 
Car je vous parlerai d'abord du Chef.
Le Maréchal insulté, calomnié, bafoué. 
Le Maréchal que l'on dit vendu parce qu'il s'est donné. 
Le Maréchal qui remet le sort du Pays entre les mains des garçons de France, taillés à la mesure de leur destin. 
Gaulle, je l'ai connu et admiré.
Il dînait chez mon père trois jours avant la guerre. 
Quand il fut nommé général et secrétaire dEtat, je l'ai félicité.
Aujourd'hui j'ai tout oublié.
Et si vous m'en blâmiez, j'aimerais mieux perdre votre amitié. 
Paris, juillet 41
S. D.

 

Editions Alsatia - Paris - 1969

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